105 km en 24 heures à Béthune Par Frédéric Lefebvre

Frédéric Lefebvre aux 24h de Béthune ©DR
Seul marcheur nordique au milieu des coureurs, Frédéric Lefebvre s’est lancé un défi peu ordinaire lors des 24 Heures de la Gare d’Eau, à Béthune : parcourir 100 kilomètres en 24 heures, exclusivement en marche nordique. Sur une boucle de 1,4 km répétée des dizaines de fois, il en aura finalement parcouru 105. Voici son récit.

Seul marcheur nordique parmi les coureurs

Une épreuve des 24 Heures de la Gare d’Eau estampillée « running »… et pourtant, je me suis invité dans le peloton en qualité de marcheur nordique ! Mon objectif était double : découvrir un format que je ne connaissais pas et, surtout, aller au bout des 24 heures exclusivement en marche nordique, avec un cap fixé à 100 kilomètres.

Sur la ligne de départ, je retrouve mon ami Freddy, du club Billy Berclau Nordik Walk Association. Lui partira en running et réalisera d’ailleurs une superbe performance avec plus de 160 kilomètres au compteur. Bravo Freddy ! Autour de nous, les coureurs sont pour la plupart affûtés comme des lames. Certains vont même dépasser les 200 kilomètres en 24 heures. Des machines !

Et au milieu de tout ce beau monde, me voilà, seul marcheur nordique. Le principe de l’épreuve est simple : parcourir le plus grand nombre possible de boucles d’environ 1,4 km pendant 24 heures. Sur le papier, cela paraît presque facile. En réalité, je comprends rapidement que la difficulté ne sera pas seulement physique. Il va falloir accepter de refaire la même boucle, encore et encore.

Une boucle après l’autre

Le départ est donné. Je pars tranquillement. Très vite, je comprends que mon véritable adversaire ne sera pas uniquement la fatigue. La boucle est courte. Il faut revenir au même endroit, repartir, recommencer. Encore. Et encore. La monotonie s’installe rapidement. Mais je suis venu pour ça. Alors je reste dans mon rythme.

J’ai préparé ma stratégie : 70 kilomètres en 12 heures. Cette distance, je la connais. Je sais comment mon corps réagit et je sais qu’une fois ces 70 kilomètres atteints, il ne restera « plus que » 30 kilomètres à gérer pour aller chercher mon objectif des 100. Évidemment, tout dépendra ensuite de l’état de mon corps, de la fatigue, des éventuelles douleurs… et du mental. Pour l’instant, tout se passe bien. Je suis bien dans mes baskets. Le corps répond. Le mental est là.

Les copains, un carburant précieux

Dans ce genre d’épreuve, les kilomètres ne sont pas les seuls à compter. Il y a aussi les rencontres et les encouragements. Les copains du club viennent me voir dans la journée. Certains se déplacent même en pleine nuit. Quelques mots, un sourire, quelques minutes d’échange… Cela peut sembler dérisoire, mais sur une épreuve de 24 heures, ces moments prennent une importance énorme.

Et puis il y a Bénédicte et ses pâtisseries ! Dans une épreuve où l’on tourne inlassablement sur la même boucle, ces petits rendez-vous deviennent de véritables points de repère. Quelques minutes suffisent pour casser la monotonie, reprendre des forces et repartir.

Frédéric Lefebvre passe la barre des 100 km ©DR

Quand la nuit change tout

Puis les heures passent. La nuit tombe et l’épreuve prend une autre dimension. Le vent se lève. Les muscles commencent à se tendre. Les visages changent. Sur la boucle, les coureurs avancent avec leurs propres douleurs et leurs propres démons. J’ai parfois l’impression de croiser des zombies. Les mines sont tirées. Les corps commencent à montrer les traces des heures accumulées.

À ce moment-là, on ne marche plus simplement pour faire des kilomètres. On marche parce qu’il faut continuer. Une boucle. Puis une autre. Puis encore une autre. Le petit matin finit par arriver. On pourrait croire que le retour de la lumière va redonner de l’énergie. Mais la fatigue est bien installée. Et comme si cela ne suffisait pas, la pluie s’invite pour terminer cette longue aventure. Mon corps résiste encore. Et surtout, mon mental reste au beau fixe. Alors je continue. Je sais que chaque tour supplémentaire me rapproche de la fin.

Objectif atteint !

Et puis arrive enfin le moment que j’attends depuis des heures : la délivrance. Les 24 heures sont terminées. Je regarde le bilan : 105 kilomètres ! Objectif atteint et même dépassé ! Mais au-delà du chiffre, je retiens surtout l’expérience. Je voulais découvrir ce format pour aller chercher quelque chose de différent : mes limites mentales, ma résistance à la douleur, mon endurance et ma capacité à continuer lorsque le plaisir laisse progressivement sa place à la volonté.

Cette expérience m’aura appris une chose : dans une épreuve de 24 heures, ce ne sont pas seulement les jambes qui avancent. C’est le mental qui décide de continuer. Et moi, ce week-end, j’ai continué. 24 heures. Une boucle après l’autre. Exclusivement en marche nordique.

A noter que pour aborder cet ultra de marche nordique, j’ai également choisi d’expérimenter les nouveaux bâtons Mønarc®, reconnaissables à leur profil courbé si particulier. Je voulais les tester dans les conditions réelles d’une très longue épreuve. Après 24 heures et 105 kilomètres, cette première expérience est validée. Confort, gestuelle, propulsion… Ils correspondent à ce que je recherche dans ma pratique de l’ultra marche nordique : aller loin, aller longtemps, mais surtout rester efficace dans ma technique. Après plusieurs heures d’effort et des dizaines de kilomètres parcourus, je peux clairement dire que ce premier test grandeur nature est concluant.

Une aventure qui restera

Je retiendrai aussi de ces 24 heures l’ambiance, les rencontres, les encouragements et cette incroyable solidarité qui existe autour de ce type d’épreuve.

Une boucle après l’autre.
Une discipline : la marche nordique.
Une expérience de plus.
Une limite de plus repoussée.
Et surtout, une conviction renforcée : rendre possible ce qui semble impossible.

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Frédéric Lefebvre

Spécialiste des longues distances, Frédéric Lefebvre a effectué de nombreux trails en marche nordique comme par exemple le 100 km de Steenwerck (59), les 50 km de Liévin en nocturne ou le semi-marathon des sables (HMDS) en 2019. En 2021 il a parcouru 955 km en 28 jours sur la via Francigena. Il est également président fondateur du club de marche nordique Billy-Berclau Nordic Walk Association.

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