100km dans le désert de Jordanie : le récit de F. Lefebvre

Frédéric Lefebvre dans le désert de Jordanie ©DR
Frédéric Lefebvre dans le désert de Jordanie ©DR
Marcheur nordique ultra, Frédéric Lefebvre, a parcouru avec son épouse et un couple d’amis 100km dans le désert de Jordanie dans le cadre de la Jordan Running Adventure Race. Une course qui a réuni traileurs et marcheurs du 31 octobre au 2 novembre derniers. Touché par la beauté du désert, Frédéric nous raconte son aventure de l’extrême tout en émotion.

Un nouveau défi après le HDMS

Trois ans après le HMDS (Half Marathon Des Sables) où je m’étais blessé sur la deuxième étape (entorse de la cheville gauche), et quelques mois après avoir réalisé le Tour du Lac Léman (voir mon récit), je me lance un nouveau défi : participer en marche nordique à la Jordan Runner Adventure Race, une course mythique de 100 km dans le désert du Wadi Rum en Jordanie. J’ai à nouveau envie de me remettre sur la ligne de départ et de boucler ce nouveau défi.

Mes équipements. Aucun objectif de temps pour les trois étapes : mon seul et unique but est de terminer dans les meilleures conditions possibles. Je suis prêt physiquement et mentalement. Je ne veux pas me polluer l’esprit avec ma blessure du HMDS. Il n’y a pas de raison, je dois y arriver ! Je suis équipé d’un camelbak Oxistis de 3 litres, d’une gourde de 0,5 litre avec une solution saline. J’ai aussi du pain du campagnard dans mes pochettes pour reprendre de l’énergie. Autres équipements : mon short, et mon tee shirt Raidlight, mes chaussures Hoka avec mes lacets plastiques, mes chaps désert Raidlight qui recouvrent mes chaussures afin d’éviter le sable, ma casquette Raidelight, ma montre GPS Garmin et mes bâtons Leki.

4 aventuriers marcheurs nordiques ©DR
4 aventuriers marcheurs nordiques ©DR

Dimanche 30 octobre : check up ! Il y a vérification du matériel obligatoire à l’hôtel par l’organisation, je suis OK, c’est déjà un bon point. Je passe devant le médecin pour un dernier check up, mon dossier est complet. C’est sérieux, on ne laisse rien au hasard ici…
Je retourne dans ma tente préparer mon sac, ma tenue et mes chaussures etc. Puis vient l’heure du briefing d’avant course en français et en anglais, je suis un peu tendu, mais le cadre est sympa. La pression monte un peu, je gère et ne laisse rien transparaitre. En gros j’ai la « Pétoche quand même ». Un dernier repas avec mon épouse qui m’accompagne et mes amis, et nous rigolons. Ainsi se passe la soirée. La nuit sera froide et agitée, je reste nerveux.

1ère étape : 25 km et 1000 m de D+

Lundi 31 octobre. Il est tôt, la navette doit partir à 5 h 30 et nous déposera au point départ. Je reste assez calme et plutôt détendu à ma grande surprise. Les coureurs sont tous affutés. Plusieurs nationalités sur la ligne de départ. Il fait encore nuit, il fait encore frais, mais cela ne durera pas. Le compte à rebours commence, et nous nous élançons dans cette euphorie qui caractérise souvent les départs des grandes aventures. Mon GPS est connecté, et nous nous dirigeons vers le monastère de Pétra. Nous sommes 4 marcheurs nordiques, Carole (mon épouse), Virginie et Jean Charles (des amis) et moi. L’ambiance est sereine. Le soleil se lève doucement, et les premières lueurs apparaissent.

La magie de Petra opère ! Nous commençons l’ascension pour le monastère de Pétra, l’étape sera aérienne, car parfois à flanc de montagne. Effectivement, les marches ne sont pas régulières, et il y en a beaucoup. Les paysages sont magnifiques. Mais il ne s’agit pas de se déconcentrer. J’arrive au monastère de Pétra, c’est magique, le temps de prendre quelques photos et je repars. Je redescends en direction du site de Pétra, une nouvelle ascension m’attend. Il va falloir gravir « les marches du sacrifice ». Une ascension longue et tortueuse, la température est à plus de 30° dans ce sillon qui ne cesse de monter. Puis, j’arrive sur une plaine lunaire, une rocaille géante et il fait 34°. Je pense à m’hydrater et m’alimenter régulièrement. L’étape n’est pas très longue, mais assez difficile.

La magie de Petra ©DR
La magie de Petra ©DR

Notre team se détend, on se filme, on rigole, mais on ne se déconcentre pas, il s’agit de terminer l’étape en bonne condition. Je regarde mon GPS, il ne me reste que quelques kilomètres à marcher, mais attention, les 3 derniers km seront longs car ils se feront sur une montée de 15% sous le soleil et 37°. C’est dur, le souffle est court, le soleil tape fort, il ne faut pas faillir. La ligne d’arrivée apparait, et c’est la délivrance. La première étape est bouclée. Je suis heureux.

2ème étape : 50 km dans le désert

Mardi 1er novembre. Je suis arrivé la veille dans le désert du Wadi Rom en 4×4 pick-up. Et maintenant je me retrouve dans un camp bédouin ! La chambre est sommaire et tout comme la nuit précédente, cela ne me gêne pas. J’ai déjà mon petit rituel : celui de tout préparer pour l’étape du lendemain. Je me lève très tôt, je m’habille rapidement. Je passe prendre un frugal petit déjeuner. Je suis dans ma bulle et je me prépare à une longue étape de 50 km dans un sable mou. Mon ami Jean Charles n’est pas en forme, cela m’inquiète un peu.

Fred et Carole Lefebvre ©DR
Fred et Carole Lefebvre ©DR

Je suis sur la ligne de départ, et je pars avec ma lampe frontale, mon GPS et mon équipement à l’assaut du Wadi Rum. Très vite, le sable m’empêche d’avoir une foulée et marche nordique efficace. Je comprends que je dois choisir ma trajectoire, je tente alors de trouver des chemins plus appropriés. Ce n’est pas simple, on se fatigue vite.

A l’assaut du Wadi Rum. Le soleil se lève sur ce magnifique désert, les couleurs sont à tomber. Je n’ai pas assez de mes deux yeux pour tout regarder. Je reste néanmoins concentré sur mon tracé GPX, je dois garder le cap pour le 1er ravito qui se trouve au km 19. Le sable est toujours aussi mou et le cheminement toujours aussi compliqué. La chaleur se fait sentir au fil de la matinée. Et bientôt au loin on voit poindre la tente des bédouins avec ses drapeaux, c’est le premier ravito.

La beauté du désert ©DR
La beauté du désert ©DR

Je prends le temps de me poser, de boire un coca puis de me préparer un taboulé. Après 15 minutes d’arrêt, il est temps de repartir. On m’indique un cap, puis il faudra prendre à gauche à environ 2 km. Juste le temps de passer un petit canyon qui me rafraichit un peu et j’y suis, et là une surprise m’attend : une montée impressionnante sous une température de 35°, le sable est de plus en plus mou. Je souffre un peu, et à ma grande surprise, j’avale cette difficulté avec sérénité. Mais il continue de faire chaud, le prochain ravito se trouve au km 40, il faudra gérer son eau et son alimentation.

Je ne suis qu’à la moitié du parcours du tracé, et il fait chaud. Jean Charles n’est pas bien du tout, et j’angoisse de le voir dans cette situation, il ne lâche rien. Il faut pourtant continuer d’avancer. Les décors s’enchainent comme les difficultés d’ailleurs, je souffre de cette chaleur. Puis au loin sur une dune de sable ocre, se dessine le ravito, visible à plus de 1,8 km. Pourquoi faut-il toujours mettre les ravitos sur une dune ?

Les derniers 10km les plus longs. Voilà déjà 40 km que je marche, mes jambes sont dures. Il ne me reste que 10 km avant d’arriver au camp de base mais ces derniers 10 km seront les plus longs de journée. Alternance de faux plat, de sable mou, pas d’ombre. Puis soudain, le camp est visible, la ligne d’arrivée également. Il est hors de question de passer cette ligne d’arrivée sans mon épouse et mes amis. Je les attends et nous passons tous les quatre la ligne avec Jean Charles en tête.

Frédéric Lefebvre ©DR
Frédéric Lefebvre ©DR

J’aurais consommé plus de 6 litres d’eau durant cette journée. L’étape que je craignais le plus est maintenant derrière moi et ce fardeau a quitté mes épaules. A partir de cet instant il me faudra juste gérer la 3ème étape pour boucler cette formidable aventure. Il ne faut surtout pas se déconcentrer afin de ne pas réitérer l’erreur du HMDS. Je reste donc dans mon aventure. Il ne me reste que les 25 km de la 3ème étape à marcher. Je vais me restaurer, préparer mes affaires et me reposer. Cette marche nordique a laissé des traces et m’a éprouvé.

3ème étape – 25 km dans le désert

Mercredi 2 novembre : une ambiance de fête. Dernière étape, et toujours ce petit rituel, « je m’habille rapidement. Je passe prendre un frugal petit déjeuner. Je suis dans ma bulle et je me prépare… ». Je suis détendu, je me dis qu’il faudra juste gérer cette étape de 25 km, pas faire de bêtise et pas d’imprudence.

Le départ est donné, je m’élance sur ce 25 km. Je constate très vite que je ne suis pas le seul à être détendu. Il règne comme une ambiance de fête. Je m’offre même le luxe de doubler quelques traileurs. Chacun y va de sa photo souvenir, on rigole ensemble, on discute et on échange pendant quelques kilomètres.

Carole et Fred ensemble sur la ligne d'arrivée ©DR
Carole et Fred ensemble sur la ligne d’arrivée ©DR

Puis je me renferme dans ma bulle, me disant que l’étape n’est pas terminée. Effectivement, les difficultés se rappellent à moi. Toujours du sable mou, la chaleur s’invite encore en cette belle journée. Mais il y a toujours ces panoramas étonnants, majestueux qui font que les difficultés semblent moins pénibles. Mon épouse est derrière moi à 1,5 km. Moi, j’ai cette ligne d’arrivée à 200 m, je suis bien sûr submergé par une certaine émotion. Mais, une fois de plus, hors de question de passer cette ligne seul. Je fais demi-tour et je rejoins mon épouse. Nous passerons cette ligne ensemble, et nous terminerons ex-æquo au classement.

Epilogue : La magie de l’aventure et la beauté du désert

La marche nordique longue distance et ultra, a toujours été pour moi une manière de me sentir vivant et d’échapper à la logique de cette monotonie que l’on peut parfois ressentir à certaine période de son existence. La marche nordique dans le désert est, et reste une aventure extrême que j’affectionne particulièrement.

J’ai été particulièrement touché par la beauté du désert du Wadi Rum en Jordanie. J’ai pu mesurer la chance et le privilège que j’avais de pouvoir observer un levé de soleil lors d’une étape. Les couleurs qui changent et qui évoluent au fil de la journée. Il y avait de la difficulté dans chacune de mes foulées, pourtant j’ai continué d’observer ce désert.

Une belle aventure partagée ©DR
Une belle aventure partagée ©DR

J’ai, une fois de plus, repoussé mes limites, j’ai marché sans me poser de question avalant chaque km avec gourmandise et fierté. J’ai rencontré et croisé des athlètes et des sportifs accomplis lors de cet événement. Des personnes charmantes qui ont accepté, sans exception, de partager leurs savoirs, leurs expériences et bien sûr leurs précieux conseils toujours dans cette bienveillance.

Quelle aventure et quelle expérience ! Je ne peux que vous exhorter à la pratique d’une discipline sportive, et ainsi trouver également cette sérénité et cette passion. Et si cette quête vous rend heureux, alors partagez là sans compter, et soyez heureux dans la pratique de votre discipline !

Frédéric Lefebvre

Spécialiste des longues distances, Frédéric Lefebvre a effectué de nombreux trails en marche nordique comme par exemple le 100 km de Steenwerck (59) avec un temps de 16h58, les 50 km de Liévin en nocturne en 7h23 ou le semi-marathon des sables (HMDS) en 2019. Son dernier parcours : 955 km en 28 jours en 2021 sur la via Francigena. Il est également président fondateur du club de marche nordique Billy-Berclau Nordic Walk Association.

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