Une 100ᵉ édition mythique
Cette édition était chargée d’émotion et de symboles. Créée en 1925 par trois amis (c’est à la sortie d’un cinéma qu’ils se sont lancés ce défi), la marche nocturne Roanne-Thiers a fait du chemin depuis. Organisée par le Groupe montagnard roannais , elle célébrait cette année son centenaire. Dès l’ouverture des inscriptions le 1er octobre dernier, l’engouement a été immédiat : les 2 500 dossards se sont vendus en seulement deux jours et demi.
Signe de ce succès, Brigitte, l’une de nos pratiquantes, était sur liste d’attente pour le 25km et n’a obtenu son dossard que trois semaines avant l’événement. Cela ne l’a pas empêchée de se préparer avec le groupe pour l’épreuve avec au final une grande satisfaction d’avoir pu y participer. « Le fait d’appartenir à l’équipe m’a donné beaucoup d’assurance et d’énergie tout au long de la marche », confiera-t-elle après coup.
Cent ans d’existence, c’est aussi une organisation parfaitement rodée, une multitude de bénévoles et une ambiance simple, chaleureuse et conviviale, loin des formats des ultra trails médiatisés. Pour marquer cette édition anniversaire, tous les participants portaient un dossard floqué du chiffre 100. À chaque ravitaillement, sourires et encouragements redonnaient de l’élan. « Belle organisation, ravitaillements au top et bénévoles super », résume Nathalie, participante du 25 km.
La team 25km au taquet
Nous étions onze au sein du groupe, répartis en deux équipes : six marcheurs engagés sur le 25 km et cinq, dont moi-même, sur le 57 km. L’accueil se fait au Scarabée de Roanne, dans une ambiance festive, avec projection d’un film rendant hommage aux fondateurs de l’épreuve, accompagnée d’une fanfare. Le départ est donné à minuit, sous les feux de Bengale.
Les kilomètres s’enchaînent dans la nuit, rythmés par les ravitaillements et l’entraide. Les plus rapides attendent les autres en haut des côtes. « Une bonne cohésion de groupe, les cinq heures sont passées très vite », témoigne Céline, engagée sur le 25 km. Éric, participant aux 25km souligne de son côté « un entraînement exigeant mais efficace », évoquant lors de l’épreuve la boue, la densité des participants et surtout « le super esprit d’équipe ». Nous atteignons Saint-Just-en-Chevalet, deuxième ravitaillement, au 25ᵉ km (+780 m / -470 m) en 4 h 50. Après avoir félicité la team 25 km, nous repartons à cinq vers le col de Saint-Thomas.
La pluie au 4ème ravitaillement
Au 35ᵉ km, nous franchissons le col de Saint-Thomas, passage emblématique marquant la frontière entre la Loire et le Puy-de-Dôme. Le troisième ravitaillement, avec ses feux pour se réchauffer, permet à certains de soigner leurs pieds avant la descente vers Chabreloche.
Au quatrième ravitaillement, la pluie fait son apparition. Une soupe chaude est la bienvenue avant d’aborder les 17 derniers kilomètres. Les chemins deviennent boueux, les portions de « tape-cul » sollicitent fortement les jambes, mais le groupe reste soudé. « Toujours attendre les derniers en haut des côtes », rappelle Michèle, engagée sur le 57 km, évoquant un soutien constant malgré la fatigue et les douleurs. Dans ces conditions, les bâtons nordiques deviennent des alliés précieux pour soulager les genoux et préserver les muscles.
La force de cohésion du groupe
Face à la fatigue, notre meilleure arme reste la cohésion. Humour et encouragements nous permettent de tenir. Michel, 73 ans, impressionne pour son premier 57 km. « Un peu de fierté d’avoir participé et réussi cette magnifique épreuve avec un groupe extraordinaire, dans la bonne humeur et la bienveillance », confie-t-il.
Dans les derniers kilomètres, les difficultés se font sentir. « Les dix derniers kilomètres ont été plus durs à cause des ampoules, mais mentalement j’étais prêt grâce à l’entraînement et au groupe », explique Fred. Philippe résume l’expérience en quelques mots : « Une sacrée aventure humaine dans l’effort ». À l’approche de l’arrivée, familles et amis encouragent les marcheurs, dont plusieurs membres de la team 25 km restés sur place. Brigitte se souvient : « J’ai été très touchée par tous ceux venus nous encourager à une heure aussi tardive ».
Objectif atteint : une aventure collective
Nous bouclons cette 100ᵉ édition en 11 h 20 pour 57 km (+1 492 m / -1 396 m), dont 9 h 34 de marche effective. Les visages sont marqués, mais emplis de joie et de fierté. « Nous avons plein d’étoiles dans les yeux et dans le cœur », résume Dominique, saluant la qualité de l’entraînement en amont, les conseils techniques et la bienveillance du groupe.
Cette Roanne-Thiers restera avant tout une aventure collective. Chacun a apporté son énergie. En tant que coach sportive et préparatrice mentale, je suis toujours émue de voir naître, au fil des entraînements, une telle cohésion et de permettre à des sportifs amateurs de réaliser des défis extraordinaires, porteurs de sens.
Bravo à tout le groupe : Brigitte, Céline, Claudine, Dominique, Éric, Fred, Michel, Michèle et Philippe. Et un bravo XXL à nos trois aînés de la bande : 70, 73 et 75 ans !
Préparation physique et mentale, clé de la réussite
Dès le début du mois de septembre, l’ensemble du groupe s’est fortement impliqué dans la préparation. Les deux équipes, 25 km et 57 km, ont réalisé les séances ensemble, créant très rapidement une cohésion qui s’est révélée déterminante le jour J. La préparation a combiné travail physique, technique et mental. Une préparation mentale collective a été mise en place : objectifs, planification, gestion du stress, anticipation des peurs et renforcement de la confiance en soi, en visioconférence et sur le terrain.

Côté sportif, nous avons progressivement augmenté la charge : une séance hebdomadaire au départ, puis deux et trois séances par semaine pour la team 57 km. Les entraînements, majoritairement nocturnes, ont intégré travail cardio en montée, fractionné, marche sur bitume (80 à 85 % du parcours), et trois sorties longues avec dénivelé important. Les deux dernières semaines ont été consacrées à la récupération et à l’affinage des stratégies mentales, avec un objectif clair : arriver frais mentalement et physiquement. À une semaine de l’épreuve, tous les participants étaient impatients et prêts à relever le défi.










