Du trail à la marche nordique
Né dans la Marne, Emmanuel a fait des études de physique à l’université de Bordeaux où il est devenu enseignant chercheur spécialisé dans le domaine des lasers. « Je suis professeur rattaché au laboratoire LOMA (Laboratoire ondes et matière d’Aquitaine) et j’étudie notamment les ondes térahertz (qui permettent de voir l’invisible), explique-t-il. Il commence à courir à 29 ans après avoir eu son premier enfant et enchaîne les marathons, puis les ultra-trails jusqu’à une blessure en 2023 à l’UTMB.
« Je me suis alors vraiment remis en question », souligne -t-il. C’est son frère, Jean-Yves Abraham, compétiteur de marche nordique basé à Romilly, qui lui parle de ce sport. Emmanuel se met alors immédiatement à la recherche d’un club FFA et choisit Canéjan Athlétisme plutôt que Villenave d’Ornon car il est convaincu par le professionnalisme des deux coachs compétition : Abel Berraho, assisté de Henri Wallier. « Ils m’ont aidé à progresser et sont toujours présents à mes côtés. Sans eux je n’aurais jamais eu ces résultats », déclare Emmanuel.
Une progression fulgurante
De fait, la progression en compétition d’Emmanuel Abraham a été très rapide. Pour sa première participation à une MNT, en novembre 2024 à la Roche-sur-Yon il écope de trois cartons jaunes. « J’ai voulu comprendre pourquoi je faisais ces fautes, explique-t-il. Résultat : il travaille son mouvement de bras et, 15 jours après lors de la MNT d’Angoulême, il n’a aucun carton et arrive 10ème au classement scratch. Il devient ensuite vice-champion de sa catégorie (M4) aux Championnats de France des Mureaux en mars 2025.
Un mois plus tard c’est le déclic lors de la course de l’Huître à Marennes-Oléron : « j’ai mis 58 min pour faire 10km, raconte -t-il. Je comprends alors que je peux encore progresser ». Dès lors les victoires s’enchaînent : Euro-Nordic Walkin’, Tour du lac de Vassivière où il choisit de terminer en même temps que Xavier Gelin. « C’était un moment fort de partage dont je me souviendrai car chacun s’est soutenu mutuellement ».
La consécration des France
Une semaine avant les Championnats de France, Emmanuel participe début mai aux Championnats d’Europe Master de Catane en Italie organisés sous l’égide de l’European Master Athletics. Il est au coude à coude avec l’un des meilleurs marcheurs espagnols mais ne décroche pas : au 8ème km il commence à le doubler et finira 44 secondes devant. Même volonté de gagner et persévérance lors des Championnats de France de Neuf-Brisach le 9 mai dernier.
« Au début, j’avais choisi l’épreuve longue mais lorsque j’ai vu que Tom Wermuth et l’équipe Guidetti s’alignaient sur l’épreuve courte j’ai changé d’avis, confie-t-il. Du coup, lors « d’un combat des chefs » entre le jeune Tom Wermuth (triple champion de France) et Emmanuel Abraham, c’est ce dernier qui s’impose (voir son récit).
Les facteurs du succès
Comment expliquer ces succès ? Outre la volonté, Emmanuel Abraham souligne son besoin de vouloir tout analyser et tout comprendre. C’est dans ce droit fil qu’il vient d’élaborer, en collaboration avec le centre de recherche SMART de Bordeaux dédié à l’analyse du mouvement humain, un logiciel permettant de mesurer de manière très fine la gestuelle. Différents critères sont utilisés : symétrie des foulées et des bâtons, temps de propulsion des bâtons, décalage pied/bâton, ancrage et planté des bâtons, etc. Nous en reparlerons.
Autre facteur de progression pour Emmanuel : les entraînements croisés. « Je fais 25km par jour en vélo pour aller au travail, et une fois par semaine de la course à pied, du yoga et du renforcement musculaire. Et cerise sur le gâteau, je peux même refaire du trail sans me blesser, assure-t-il avec le sourire. Tous les ans j’en prévois un avec ma fille et cette année ce sera le Grand Raid des Pyrénées en août prochain (50 km).
Combattre les clichés sur la marche nordique
Pour Emmanuel Abraham, la saison n’est pas encore terminée : deux grands challenges l’attendent fin juin avec La Venète, une épreuve de marche nordique de 29 km qui se déroule dans le cadre de l’Ultra-Marin et, le lendemain, le Tour du lac de Vassivière (26km). Un enchaînement de 55 km en deux jours qui lui rappellera les sensations et la gestion de l’effort qu’il avait connues à l’époque où il pratiquait l’ultra-trail.
Au-delà de ces objectifs Emmanuel Abraham aimerait porter un message fort auprès de tous les sportifs qui ne connaissent pas la marche nordique : ce sport est extraordinaire et lui a permis de recourir. Et surtout il peut être pratiqué par tous à tous les niveaux, en complément d’autres sports et sans aucun traumatisme. Un message que nous relayons ici et dont nous sommes profondément convaincus à PMN !
















