Notre tour du lac de Serre-Ponçon en marche nordique

Baignade dans le lac St Apollinaire, point d'orgue de notre séjour ©DR
Notre Nordic Reporter Solenn Rousseau a effectué avec sa moitié, Pascal Lauden, du 26 au 31 juillet dernier le tour du lac de Serre-Ponçon en marche nordique organisé par David Deguelle : 130 km, 6200 m de dénivelé, et six jours de paysages somptueux et de montées épicées. Un séjour « sportif et joyeux » qu’elle nous raconte avec sa verve habituelle.

Pourquoi ce ‘trek’ ?

Des randonnées en montagne, nous en rêvions depuis quelques temps. Après une saison intense de compétitions de marche nordique (18 épreuves entre septembre et juin), nos corps et nos esprits aspiraient à une forme de récupération… active. En découvrant le descriptif du séjour encadré par David Deguelle, j’ai foncé. Pascal, ma tendre moitié, a cette endurance solide qui fait de lui un excellent compagnon de trek. Un peu comme un Aïdi, berger de l’Atlas : fiable, rustique et solide.

Le programme annonçait la couleur : 130 kilomètres et 5500 m de dénivelé positif (réévalué). Et un jour 4 avec 38 km et 1800 m de D+.
Voici le récit jour par jour de notre aventure.

Le lac vu d’Espinasses ©Aude Boucharlat

Jour 1 : Chorges – Espinasses

(Distance : 22 km – D+ : 800 m)
Arrivés par le train de nuit à Chorges, malgré une nuit spartiate, nous découvrons nos coéquipiers : Françoise, Jean-Louis, Aude, notre guide David et son logisticien Pascal.

Arrivée en gare de Chorges, joli petit village des Hautes-Alpes, depuis le train de nuit. Une bonne nuit de repos dans une voiture en places assises – au lieu de confortables couchettes, à la suite d’une erreur de réservation – n’empêcha pas quelques raideurs musculaires, articulaires, osseuses… Si la voiture datant vraisemblablement des années 80 était dépourvue de climatisation, le système électrique lui, est tombé en rade et nous avons eu droit à la lumière dans la figure durant tout le trajet. L’accoudoir aussi rigide et adaptable qu’un vieil instituteur, ère giscardienne, empêche toute posture un minimum allongée…

L’accueil et le petit déjeuner qui nous attendaient sur le parking, au pied du van qui allait devenir notre meilleur ami, effacèrent toute fatigue et c’est plein d’enthousiasme que nous fîmes la connaissance de nos camarades, Françoise, Jean-Louis et Aude qui allaient composer notre équipe de choc. David nous présente aussi son logisticien, Pascal, qui aurait pu faire un excellent régisseur de cinéma, tant il prépare tout avec soin et efficacité. Il devint aussi le meilleur ami de mon Pascal, partageant avec lui un certain sens de l’humour, que votre serviteur ne sait toujours pas définir.

Premier échauffement, première marche
L’ambiance est donnée : sentiers larges, paysages superbes, framboises sauvages à profusion.
Les sentiers empruntés permettent le geste nordique, de donner une belle amplitude à nos bâtons. Les côtes en pente plus ou moins douce gardent le groupe soudé. Parfois à l’arrêt net, sur une portion de chemin où nous avons fait une ventrée de framboises sauvages.
Arrivés sur le mont Colombis, nous en avons fait la descente par un sentier abrupt, à travers la forêt, après avoir admiré les cheminées de fée, près de la Cascade de la Pisse.

Les paysages sont magnifiques, les sentiers ludiques et variés, le groupe soudé, le guide a l’air content. On dormira à Espinasses, après un premier dîner joyeux. “Ça passe velours”, dit David, en cadence.

Jour 2 : Espinasses – Ubaye Serre-Ponçon – Col de Saint-Jean – Montclard

(Distance : 17 km – D+ : 900 m)
Une étape rythmée par les sentiers adaptés au geste nordique. David nous initie à des échauffements très complets, à des exercices de respiration et des séquences de récupération (étirements, méditation).

Un autre moment-clé de chaque jour qui, pour nous deux, sera d’une grande utilité et nous comptons bien les reproduire lors de nos entraînements. Même si ceux-ci paraissent d’une évidence pour tout athlète, le soin et encore une fois la précision des explications en font des séances de préparation primordiales pour garantir la solidité du corps pendant ces six jours qui vont se révéler effectivement assez exigeants et intenses d’un point de vue sportif.

David nous programme une séquence pour échauffer chaque partie du corps, et nous savons tous ici que la marche nordique les sollicite toutes. Seul le lobe d’oreille échappe à l’échauffement ; quant à la langue, ce n’est que pendant les séances de relaxation et méditation qu’elle est au repos… Les exercices ont été très diversifiés, et nous sommes rentrés à Quimper, la besace remplie de propositions d’étirements et de postures faciles à exploiter.

Autre caractéristique des plans de la journée : les exercices de respiration. Les pratiquants de yoga les connaissent bien, mais ce sont de nouveaux que nous avons appris, comme la cohérence cardiaque, en haut d’une colline, ou encore au milieu des mélèzes protecteurs.
Chaque soir, nos corps bien fatigués avaient droit à quelques surprises pour les encourager à reprendre les bâtons le lendemain. Ainsi, une séance mémorable d’auto-massage avec un rouleau diabolique, qui nous fit, à tous, arracher de longs cris de douleur : c’est simple, on entendait les muscles sangloter !

Jour 3 : Montclard – Le Lauzet-Ubaye

(Distance : 15 km – D+ : 700 m)
De très belles traversées dans les forêts sur des chemins escarpés, aériens et une belle descente de 3 km.

Ici s’impose la description de ce qui compose un point-clé de l’organisation conçue par David : avec trois fois rien de matériel, David vous prépare un repas à faire pâlir un chef-cuisinier gastronomique. Il rivalise d’ingéniosité pour la composition de ses salades, toutes délicieuses, revigorantes et équilibrées. Outre leurs valeurs nutritionnelles – expliquées avec le même sens de partage qu’a David à décrire les paysages – les repas apportent au groupe beaucoup de plaisir et sont des moments d’échanges chaleureux.

Parfois même, on les partage aussi, avec des inconnus, comme au 3ème jour, quand trois jeunes et vaillants vététistes montant depuis la vallée ont accueilli, avec cette soudaine lueur dans les yeux que l’on prit pour un vif soulagement, l’invitation à manger avec nous. Trois beaux Anglais, aux faux airs d’acteurs américains, qui sont repartis ragaillardis et réjouis sur leur vélo, tandis que les trois filles que nous étions regrettaient chacune de ne pas leur avoir demandé un petit “selfie” pour crâner un peu.

Arrivée à l’hôtel pour un bain dans un lac du Lauzet, soi-disant à 9°, mais c’est avec 12° de plus qu’il nous accueillit après quelques enchaînements de postures inspirés du yoga et du Pilates. Un saut de Tarzan dans l’eau, quelques brasses et hop les assiettes bien garnies au restaurant de l’hôtel, nous voici quasiment prêts à affronter la journée 4.

Jour 4 : Le Lauzet-Ubaye – Baratier (Gîte des 3 Cols)

(Distance : 38 km – D+ : 1800 m)

Nous démarrons par deux longs tunnels creusés à flanc de montagnes. Ce sont les tunnels de la voie ferrée aujourd’hui désaffectée. Leur longueur et leur structure sont impressionnantes, vous parcourez le premier en 1600 mètres. Et pour rendre hommage aux ouvriers, de petites boîtes à images ont été installées. C’est à la fois étonnant et très beau. Surgissent ainsi à la lumière de nos petites lampes frontales les visages du passé de ces gens qui ont creusé la roche.

Le km élastique…
Notre périple nous emmène assez haut au col du majestueux Grand Morgon, et c’est assez bravaches que nous décidâmes avec David de repousser la pause déjeuner pour avancer. Mais c’est trop tard que nous apprîmes la notion de KME, marque déposée par David Deguelle : le kilomètre élastique.

C’est à la fois une distance et une notion temporelle. Le décalage du déjeuner correspondait en principe à 5-6 km, environ 1h30 à 2h max avec le dénivelé très fort qui s’annonçait. Mais en montagne, les prévisions se mettent à faire du free jazz et nous voilà enfin en train de manger notre salade de pâtes à 16h, après 28 km. On peut vous le dire maintenant, à ce stade-là de la journée et d’une telle distance dans les papattes, le moral joue au yoyo. Mais la bonne humeur du groupe était notre carburant.

Il nous restait 10km à faire pour rejoindre la belle abbaye de Boscodon, que Françoise et moi avons pu de justesse visiter avant sa fermeture. Nous venions d’avaler 38 km et 1800 m de dénivelé positif, soit en KME, le kilomètre-effort, autre formule découverte avec une certaine fierté (100m de D+ = 1 km d’effort éprouvé). Une journée à 56 km ! De quoi sauter dans la piscine de l’hôtel des Peupliers, très confortable qui nous attendait à Baratier, près d’Embrun. Et pour la relaxation, un Spritz fera l’affaire.

Objectif atteint : l’abbaye de Boscodon. 38 km + 1800 m de D+ = 56 km en kilomètre-effort. “C’est quand même exigeant”, dit Jean-Louis, en sirotant son jus de tomate.

Jour 5 : Embrun – Réallon – Hameau des Gourniers

(Distance : 27 km – D+ : 1500 m)

Montée verticale jusqu’au belvédère, nombreuses “grosses patates” (montées raides) et du “radada” (montées et descentes successives), selon le lexique montagnard de David.

Le logisticien Pascal, toujours aux manettes, dans la bonne humeur, s’occupait de nos sacs, chaque jour. Nous n’avions à penser qu’à notre eau, la crème solaire et le chapeau. Nous grimpons dans le van pour attaquer la cinquième étape, avec une vue magnifique sur le lac de Serre-Ponçon que nous quittons rarement des yeux depuis les hauteurs où nous crapahutons. Le déjeuner après une montée clairement verticale, jusqu’au belvédère, photos obligées, et un temps calme de vingt minutes de relaxation yogique.

Direction le Fort de Réallon, après une pause dans de pittoresques petits villages et de vieux habitants qui ont conservé leur très bel accent des Hautes-Alpes.

Puis la délivrance au Gîte des trois cols, aux Gourniers, un accueil à la hauteur de nos attentes. On apprit que Leslie Lejeune, notre championne de France de marche nordique était venue là cet hiver, nous dira le patron assez fier de ses visiteurs de prestige. Nous y compris, avec Françoise, plusieurs fois championne de France en Master.

Arrivée au Gîte des Trois Cols, frites et saucisses maison. Joie.

Jour 6 : Gourniers – Lac de Saint-Apollinaire

(Distance estimée : 11 km – D+ : 500 m)

Visite du hameau des Gourniers, avec la marmite des géants, bassin rocheux creusé par la puissance de la cascade qui sculpte inlassablement cette roche et lui donne cette forme circulaire impressionnante. Nous continuons sur les flancs de la Grande Tour de Chabrières pour arriver, magnifique point d’orgue, au lac Saint-Apollinaire. Avec un petit plouf dedans, pour faire la dernière photo !

David avait préparé dès le début du séjour quelques jeux et dispositifs pour favoriser la convivialité. Et comme celle-ci fut spontanée, les petits jeux n’en furent que plus savoureux. Mais je ne vous les raconterai pas, cela fait partie de la découverte !

Point d’orgue : le lac Saint-Apollinaire, baignade finale, bilans personnels, révélations des devinettes.

Une aventure que l’on recommande !

Pascal et moi sommes rentrés heureux et requinqués pour de longs mois. Nous espérons que ce modeste récit de nos aventures vous donnera envie de partir sur les parcours préparés avec beaucoup de soin par David et son complice.

Pascal et Solenn

Et d’ici, là, vous pouvez aussi vous laisser porter dans les montagnes en écoutant les podcasts Vagabondages nordiques de David et vous abonner à sa newsletter !

Lien ici : https://daviddeguelle.com/

© Crédits photos : Solenn Rousseau et Pascal Lauden hormis autres mentions.

Solenn Rousseau

Solenn a démarré avec son mari Pascal la marche nordique en 2020 au sein du club FFA Quimper Athlétisme. Ils ont ensuite intégré le club FFA Courir à Saint-Avé et participent à de nombreuses compétitions du MNT. Elle est membre du CA de l'association Pratique Marche Nordique.

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