Quels objectifs et quelle méthode ?
L’objectif de l’application est de fournir des données quantitatives, et non subjectives, afin d’aider à l’évaluation de la technique d’un marcheur. Il s’appuie sur les règles établies en France par la FFA (paramètres modifiables). Il s’adresse aux entraîneurs, aux marcheurs loisirs et compétition, aux clubs et aux fédérations.
Il permet d’optimiser la technique, de limiter les fautes et les pertes énergétiques inutiles, et d’identifier à partir de quelle vitesse la gestuelle se dégrade. On peut notamment analyser les mouvements parasites et défauts techniques, les mauvais appuis, ainsi que les déséquilibres et asymétries.
La méthode de mesure mise en œuvre a été validée par une captation 3D du mouvement réalisée au gymnase SMART de l’université de Bordeaux. Une cinquantaine de mesures (temps, distances, angles) sont enregistrées dans un fichier. L’application les analyse ensuite automatiquement.
Après un onglet de synthèse comprenant un rappel du fichier analysé : nom du marcheur, date, calcul des métriques usuelles moyennes (vitesse, allure, cadence, temps de foulée, longueur du pas), le logiciel comprend six onglets principaux que nous allons détailler :
– Deux onglets de notation (détail des notes et vue radar),
– Trois onglets de mesures temporelles (instants de poses des pieds et des bâtons, marche en 2 ou 4 temps, durée des appuis),
– Un onglet de trajectoire des appuis.
1) Onglet Détail des notes
Affichage de la note moyenne (/20), obtenue après attribution d’une note individuelle sur 19 critères ciblés (type de marche, alignement, ancrage, position du coude à l’avant et à l’arrière, etc.).
La notation est entièrement paramétrable par l’utilisateur (valeurs des seuils). Ces seuils sont visibles de part et d’autre de la barre de couleur dans la colonne « Position ». Par exemple, il est possible de définir que le logiciel attribue une note de 0/10 si l’ancrage du bâton ne se situe pas entre les pieds, et une note de 10/10 si cet ancrage se fait au milieu des deux pieds.

2) Onglet vue radar (ou toile d’araignée)
Cet onglet permet également de visualiser, de manière plus pédagogique, le détail de la notation. Dans le cas ci-dessous, elle met en évidence un défaut de planté des bâtons (absence d’ancrage propre entre les pieds), un angle d’ancrage un peu trop grand à gauche, des coudes qui restent un peu trop fermés à l’arrière et des mains qui pourraient s’éloigner un peu plus des fesses lors de la poussée.

3) Onglet instants de pose des pieds et des bâtons
On trace le diagramme de la cinématique des poses des pieds et des bâtons. Il peut paraître un peu ardu à lire au premier abord, mais il est très riche d’enseignements sur la manière dont le marcheur pose et lève ses pieds, ainsi que sur le planté et le retrait des bâtons au cours du temps.
Le graphique indique :
– les instants de pose et de levée des pieds, ainsi que ceux des bâtons (avec un code couleur clair et des lignes en traits pointillés pour bien identifier les décalages entre les pieds et les bâtons),
– la proportion (%) de temps de pose (resp. lever) des pieds (resp. bâtons) sur un cycle de foulée,
– le temps (et la proportion de la foulée) de décalage entre la pose d’un pied et le planté du bâton opposé,
– un segment vertical noir pour indiquer l’instant où le genou de la jambe arrière revient à hauteur de celui de la jambe avant. Dans cet exemple, cela correspond à environ 33 % de la durée de la foulée, ajusté selon la cadence. Il s’agit d’un repère critique : un planté de bâton au-delà de ce seuil augmente fortement le risque d’ancrage derrière les pieds.

Ce graphique permet notamment d’observer plusieurs éléments :
– Symétrie de la gestuelle : ici, elle est assez symétrique, mais certains cas montrent des asymétries marquées (bâtons plantés) avant le pied, levés avant la levée du pied opposé, donc absence de phase de poussée, etc. On peut ainsi quantifier la gestuelle des pieds : pied gauche (PG) : 52 % au sol, 48 % hors du sol ; pied droit (PD) : 52 % au sol, 48 % hors du sol, etc.
– Absence de “pas de course” : valable si les rectangles bleus (PD) et verts (PG) se chevauchent correctement, c’est-à-dire lorsque les intervalles de temps entre les traits pleins bleus et verts restent cohérents. J’utilise la durée de la foulée, définie par l’intervalle de temps entre deux poses de talon (début du rectangle bleu puis début du rectangle vert). La durée de propulsion des pieds est une notion distincte. Le déroulé du pied est également représenté par l’ensemble du rectangle bleu ou vert.
4) Onglet Marche en 2 temps / 4 temps
En prenant comme référence le premier instant de pose du PD (début du rectangle bleu), on observe par exemple que la première pose du bâton gauche (BG, début du rectangle orange) intervient environ 100 ms plus tard (soit environ 27 % de la durée de la foulée). Ce décalage se reproduit de manière stable sur les foulées suivantes, avec une bonne symétrie gauche/droite (précision des mesures : ±15 ms). Ici, la situation reste conforme : le planté du bâton (début du rectangle orange pour BG) intervient avant le segment noir de référence des 33 %.
Propulsion : pour une pose du PD, on vérifie que la levée du PG intervient avant celle du bâton droit (BD). C’est bien le cas ici. Ce critère est repris plus en détail dans l’onglet « Durées des appuis ».
Temps sans contact des bâtons : on peut également mesurer les intervalles où aucun bâton n’est en contact avec le sol (écarts entre les rectangles orange et rouge, ou entre les traits pointillés correspondants). Par exemple : BG : 60 % au sol, 40 % hors du sol ; BD : 43 % au sol, 57 % hors du sol, etc.

On peut affiner l’analyse en étudiant plus précisément le temps de décalage entre la pose d’un pied et l’ancrage du bâton opposé (marche en 2 temps / 4 temps). Dans le cas présenté ici, ce décalage est en moyenne de 22 %, avec une légère asymétrie gauche/droite.
Il semble pertinent de définir un critère clair permettant de distinguer ces deux types de gestuelle. L’expression de ce décalage en pourcentage est préférable à une valeur en millisecondes, car elle est indépendante de la vitesse du marcheur. Nos analyses en cours montrent qu’au-delà d’un décalage d’environ 32 à 38 % (selon la vitesse), le marcheur a tendance à planter son bâton alors que le genou de la jambe arrière est déjà revenu à hauteur du genou avant. Cette situation modifie profondément la logique de propulsion et de coordination.
Si l’on souhaite conserver une classification simple entre marche en 2 temps et marche en 4 temps, une proposition de seuils pourrait être la suivante :
• marche en 2 temps : décalage < 15 %
• marche intermédiaire (2–4 temps) : entre 15 % et 25 %
• marche en 4 temps : > 25 %
Ces seuils restent bien entendu à discuter et à valider à partir d’un plus grand nombre de données.
5) Onglet durée des appuis
On présente enfin la durée des appuis (pieds et bâtons) afin d’évaluer l’efficacité de propulsion précédemment définie. Il ne s’agit donc pas ici de la marche en 2/4 temps, mais bien de l’analyse des temps de contact au sol.
Rappel : la durée des appuis correspond au temps pendant lequel un pied ou un bâton est en contact avec le sol. Pour le pied, cela inclut également le temps de déroulé du pied. Il ne s’agit donc pas de la durée de foulée, qui est définie uniquement comme l’intervalle entre deux poses de talon.

On observe que la hauteur des rectangles orange/rouge (bâtons) est inférieure à celle des rectangles bleu/vert (pieds), comme déjà constaté dans l’onglet des durées de pose. Toutefois, cette hauteur représente tout de même 77 à 84 % de la hauteur totale. On peut définir un indicateur de propulsion correspondant à la part du temps où un bâton reste au sol pendant la phase d’appui du pied opposé. On obtient donc ici 84 % pour le bâton gauche, 77 % pour le droit. Le bâton s’ancre après le pied (conséquence de la marche en 4 temps), mais la durée effective de poussée reste importante.
Une ligne supplémentaire représentant la durée de la foulée (intervalle entre deux poses de talon) a également été ajoutée. L’écart entre cette ligne et la hauteur des rectangles bleu/vert correspond au déroulé du pied arrière, qui constitue également un paramètre important en marche nordique.
6) Onglet de trajectoire des appuis
On visualise ici les points de pose et de levée des pieds et des bâtons au sol, c’est-à-dire la trajectoire des appuis. Les zones bleues et vertes correspondent aux points de contact des pieds. Les zones rouges et orange correspondent aux instants de planté et de levée des bâtons.
On observe clairement que, pour ce marcheur, l’ancrage des bâtons se fait au niveau des pieds.

Quel développement pour ce logiciel ?
Il existe encore d’autres onglets permettant d’analyser divers paramètres (durée et longueur des foulées, distance entre les poses des pieds, distance entre les ancrages des bâtons, analyse d’images, etc.). Cet article étant déjà relativement long et détaillé, nous ne les commenterons pas ici. L’application permet également de sauvegarder et de commenter l’ensemble des graphiques afin de conserver une trace des analyses.
Comment va se développer ce logiciel dans les semaines ou les mois à venir ? Plusieurs possibilités sont évoquées :
• soit il est utilisé uniquement dans le cadre du club Canéjan Athlétisme,
• soit il est mis en téléchargement libre sur une plateforme dédiée (GitHub), sans services associés (support, sauvegarde, mises à jour, etc.),
• soit on fait appel à un développeur (coût à évaluer) pour le transformer en application accessible en ligne, via un modèle de type SaaS (Software as a Service).
Et vous qu’en pensez-vous ?
N’hésitez pas à réagir dans les commentaires en bas de cet article !
